Avec seulement quelques éléments de comptabilité, je me suis risqué à réaliser une étude financière sommaire des comptes de Pamiers depuis 2018, en m’attachant surtout à examiner les évolutions depuis les 3 dernières années passées : 2022, 2023 et 2024.
Mais avant tout, d’une manière générale, je rappellerai que, dans sa gestion, une commune peut déterminer ses marges de manœuvre, selon le cas, (1) par la maîtrise de ses charges de fonctionnement, (2) par l’augmentation de ses produits (je pense à la fiscalité directe essentiellement) et/ou (3) par l’adaptation de sa politique d’endettement. Interviennent aussi parfois d’autres facteurs extérieurs, par exemple une pandémie ! En d’autres termes, pour financer de nouveaux projets d’équipement, une commune a le choix entre s’endetter, augmenter les impôts locaux ou certaines recettes de fonctionnement et diminuer son train de vie ordinaire, c’est-à-dire ses dépenses de fonctionnement (par exemple, ses charges de personnels).

Que déduire de la situation financière de Pamiers aujourd’hui et quelle prospective pour demain ?
Un premier constat : sur la période étudiée, les produits, les recettes de fonctionnement de la Commune de Pamiers sont relativement stables avec une progression de 8% en 7 années et sont toujours légèrement supérieurs à ceux observés pour des communes de même importance en France. En 2024, ces produits s’élèvent à 27,5 M€, soit 1.612 € par habitant.
En revanche, c’est moins bien pour les charges, les dépenses de fonctionnement qui progressent de presque 17 % avec 26,9M€ alors que celles observées pour les communes de même importance augmentent de moins de 4 %.
Le résultat comptable de Pamiers au fil du temps pose question car il fluctue trop fortement, avec par exemple un pic en 2020 avec plus de 2,6 M€ et une chute spectaculaire en 2024 avec à peine un plus de 500 K€, soit seulement 31 € par habitant. De son côté, les communes similaires en population demeurent autour d’une fourchette de 130 à 185 € par habitant. Indéniablement, le résultat est plus volatile, plus instable pour Pamiers, avec une baisse clairement préoccupante en fin de période.
Et j’en viens à des indicateurs de solvabilité et de performance que sont la CAF, la Capacité d’Autofinancement et le fonds de roulement. La CAF représente l’excédent des produits réels de fonctionnement (hors produits de cession d’immobilisation) sur les charges réelles de fonctionnement. Elle permet de couvrir tout ou partie des dépenses réelles d’investissement (remboursements de dettes, dépenses d’équipement, immobilisations …). Retenez que, fin 2024, notre CAF s’établit à un niveau correct, environ à 3,4 M€. A l’exception de 2022, la CAF de Pamiers connait une évolution assez comparable à celle des communes de même importance,
Le fonds de roulement qui s’établit fin 2024 à 1,8 M€ est égal à la différence entre les financements disponibles à plus d’un an et les immobilisations (càd les investissements réalisés et en cours de réalisation). Cette différence correspond, en comptabilité budgétaire, à la somme des excédents définitifs que la collectivité a dégagés au cours du temps. S’agissant du FR, on peut s’oser au pari d’une nette amélioration de Pamiers qui semble enfin se rapprocher de la norme.
En somme, grâce à ses finances, on constate que sur la période couverte par mon étude, Pamiers investirait plutôt plus que la moyenne des communes de même démographie … jusqu’à une chute assez brutale en 2024 qui n’est cependant pas significative et rédhibitoire … Les comptes de 2025 sauront nous le dire !
A priori, compte tenu de ces éléments, on peut envisager assez sereinement des « emplois d’investissement » sur une base de l’ordre de 10 M€ par an (ou plutôt dans une fourchette de 8 à 12 M€). Par « emploi d’investissement », il faut comprendre certes les dépenses d’équipement prévues dans le programme d’investissement, mais aussi le remboursement des dettes (2,3 M€ en 2024).
On remarque ainsi que Pamiers présente à la fois des niveaux d’investissement … mais aussi d’endettement supérieurs aux communes de même importance.
Pour apprécier la dette, plusieurs aspects peuvent être retenus : l’annuité de la dette, le remboursement d’emprunts, l’encours de la dette (capital restant dû sur emprunts contractés), la capacité de désendettement et les charges financières (intérêts annuels des emprunts en cours).
L’annuité de la dette est composée du montant des intérêts des emprunts et du montant du remboursement du capital. L’addition de ces deux montants permet de mesurer le poids exact de la dette à long et moyen terme. Pamiers maintient une annuité stable entre 2,7 M€ et 3 M€, avec une légère hausse en 2024. Ailleurs en France, on s’oriente globalement vers une baisse régulière et continue.
S’agissant de l’encours de la dette, Pamiers connait une forte hausse en 2018 et 2023, avant un léger tassement en 2024 (plus de 26,6 M€). Sur la période, une chose est sûre : l’endettement par habitant de Pamiers est largement supérieur à celui des communes comparables (actuellement pratiquement le double !).
En ce qui concerne les charges financières, les intérêts, Pamiers diminue ses charges entre 2018 et 2023 avant une remontée à 705 K€ en 2024. Pamiers reste toujours très au-dessus de la moyenne.
A retenir un indicateur pertinent : la capacité de désendettement de Pamiers qui évalue le rapport entre l’encours de la dette de Pamiers et son épargne (sa capacité d’autofinancement). Ce ratio permet de déterminer le nombre d’années que la commune mettrait à rembourser la totalité de sa dette si elle y consacrait tous les ans l’intégralité de son épargne. Sur la période 2018-2024, la capacité de désendettement qui était en 2018 de 5,2 ans a progressé et culminé à 9,7 ans en 2022 et est à 7,8 ans en 2024.
Enfin, à propos de la qualité de la dette, pas d’observation particulière, notamment et c’est important, absence totale d’emprunts toxiques ou structurés.
En résumé, une situation fragile accentuée par un endettement trop important. Quelle marge de manœuvre pour l’investissement ? Peut-être une piste avec un examen attentif du patrimoine immobilier. Faut-il tout garder ? Certainement, des ajustements sont à faire, peut-être des innovations à inventer … et surtout, il convient de mettre fin à des investissements inutiles et des immobilisations assurément trop coûteuses !
Vincent LELONG
Comptable Public Honoraire, ancien Payeur Départemental du Tarn
Commentaires développés en réunion publique (6 décembre 2025)
* Organisation de la comptabilité communale : Le budget d’une commune se divise en une « section de fonctionnement », dédiée aux produits et charges courantes – donc les opérations concernant l’exploitation -, et une « section d’investissement », retraçant les opérations en capital, c’est-à-dire les recettes et les dépenses qui augmentent ou diminuent la valeur du patrimoine.
La section de fonctionnement regroupe les dépenses liées au fonctionnement courant de la collectivité, dont bien sûr les charges de personnel, mais aussi les charges à caractère général, les provisions, les dotations aux amortissements ou les intérêts de la dette. Les produits de fonctionnement représentent les recettes courantes de la commune. Ce sont les ressources qui permettent de financer les services municipaux au quotidien (écoles, voirie, police municipale, équipements culturels, etc.). Ils proviennent principalement : des impôts locaux payés par les habitants, des autres taxes, des dotations versées par l’État (la DGF).
La section d’investissement recense les dépenses d’équipement et le remboursement du capital de la dette. Les recettes de cette section incluent notamment les dotations et subventions de l’État (DGF, ainsi qu’une capacité d’autofinancement lorsque le solde de la section de fonctionnement est excédentaire.
Le Budget est annuel et doit être équilibré dans les deux sections (Recettes = Dépenses). Compte administratif du Maire et compte de gestion du Trésorier municipal sont établis en fin d’exercice (année) et permettent d’apprécier la réalisation effective des recettes et des dépenses de l’année. Il convient alors de comparer ces réalisations aux prévisions inscrites dans le Budget. Le Budget n’est en effet qu’un acte de prévision … et surtout d’autorisation des dépenses qui peut être corrigé par des Décisions Modificatives (DM).
* Les charges de fonctionnement correspondent aux dépenses courantes nécessaires au bon fonctionnement de la commune de Pamiers. Elles incluent notamment : les salaires du personnel communal, les achats de fournitures et services, les contingents ou participations obligatoires à certains services départementaux (exemple : le SDIS), le paiement des intérêts de la dette, les subventions versées aux associations locales … Les charges de personnel atteignent 14,7 M€ en 2024, soit 864 € par habitant, ce qui est nettement au-dessus de la moyenne des villes similaires (10 M€). Cela reflète le poids important des salaires des agents municipaux (administratifs, techniques, police municipale, etc.).
* Dette : A Pamiers, fin 2024, l’annuité de la dette est égale à 177 € par habitant. A Foix, pour prendre une comparaison ariègeoise, elle est seulement de 46 € ! L’encours de la dette y est de 477 € et la capacité de désendettement de 2,5 ans contre 7,8 ans à Pamiers. Sans commentaire.
*Fiscalité : Les impôts locaux représentent la part principale des produits de fonctionnement dans les deux communes, avec 727 € par habitant à Pamiers et 663 € à Foix, tous deux supérieurs à la moyenne nationale (632 €). Cela illustre une fiscalité locale plus élevée dans ces villes par rapport à la moyenne nationale.
*Audit : avec une situation financière fragile et incertaine, certains se posent à juste titre la question de la pertinence d’un audit de la commune. Il faut néanmoins avoir à l’esprit qu’un audit sérieux d’une collectivité locale coute entre 30.000 et 100.000 € ! Il est donc préconisé – si cela s’avère judicieux – de faire faire par l’administration des Finances Publiques appuyée par la Chambre Régionale des Comptes des analyses financières rétrospective (sur les 3 ou 5 dernières années) et même prospective (pour les 3 ans à venir) ; ce sera aussi efficace et approprié qu’un coûteux audit et surtout ce sera à la fois rapide et gratuit !
Dans le cadre de la préparation des prochaines élections municipales de Mars 2026 à Pamiers, cet article et le suivant, reprennent les notes de préparation de notre deuxième réunion publique du Samedi 6 Décembre 2025, à Pamiers, sur les thèmes des finances de la ville, de l’urbanisme et des transports & déplacements dans la ville
Cette réunion était la troisième d’une série de 4 rendez-vous, organisés par Liste Demain Pamiers conduite par M.Pascal Augéry, pour échanger sur notre ville, réfléchir à son avenir…afin d’abord d’écouter les Appaméens et de coconstruire notre programme.
Il ne s’agit pas à ce stade de notre programme définitif, comme vous le verrez, nous co-construisons avec les Appaméennes et les Appaméens au moment où nous écrivons ces lignes.
Vous pouvez nous adresser vos analyses, réflexions et propositions sur notre email : contact@demain-pamiers.fr
Nous regarderons et prendrons en compte toutes les contributions.
